Pourquoi participer à des appels à textes et autres concours ?
 
1°) pour être connu 
Sachant que vous êtes un parfait inconnu, vous espérez par ce biais être lu et donc acquérir un peu de notoriété, voire pour les plus optimistes, être vénéré comme un dieu. Pensez-vous vraiment être repéré par qui que ce soit dans une revue de 10 voire 15 nouvelles ? Le directeur qui lance l'appel à textes sera bien plus visible que le petit écrivaillon qu'il daignera accepter sur ses pages. L'expérience vaut la peine si vous êtes seul et non entassé avec d'autres sur un triste machin numérique que personne ne lira. Or seuls les auteurs dotés d'une certaine notoriété ont ce privilège. 
Enfin, la gratuité n'est pas un gage de lecture. On accorde moins d'importance à ce que l'on n'achète pas. C'est dans la nature humaine. En revanche, j'hésiterai à dépenser quelques euros pour une revue, comme pour acheter un roman d'ailleurs. La revue doit donc jouir d'un minimum de notoriété pour espérer se vendre. Son créateur est censé la promouvoir. Il va défendre la qualité de son contenu faute d'avoir pu monnayer l'intervention d'un auteur de renom. En définitive, il fait la promotion de sa revue, pas de ses auteurs, il construit sa réputation dont il récolte les fruits, les auteurs se contentant de la satisfaction d'avoir été édités. 
 
2°) pour gagner de l'argent
Généralement, les revues ne vous proposent aucune rémunération, surtout les éditions numériques. De toute façon, elles n'ont aucun modèle économique viable, ne disposent d'aucune ressource et n'ont jamais envisagé de gagner le moindre sou. Elles sont surtout le fait d'un type qui voulait se faire plaisir et compter dans le milieu littéraire. Sauf que ce type, il se voit mal rédiger et corriger un roman, ou remplir à lui seul mensuellement une revue entière. Donc il a besoin de bons petits soldats, c'est-à-dire vous, l'âme damnée en quête d'édition, pour exister. Bien entendu, ce type très sympathique a le culot de vous faire bosser pour améliorer votre texte, se réservant le droit de le refuser. Il se moque du temps que vous y passerez puisque lui se contentera de relire et il est de toute façon assuré d'éditer sa revue grâce à toute son armée de petites mains dévouées qui espèrent atteindre le Saint Graal de l'édition. Et bien entendu, il ne peut pas vous rémunérer puisque son modèle économique n'est pas viable, parce que lui, il fait de l'art et que les lecteurs, cette bande d'incultes, préfèrent se vautrer dans les immondices de la société de consommation. 
Si vous poussez le vice jusqu'au bout, vous ferez acheter la revue à vos proches car – miracle ! consécration ! – votre texte y est publié, et vous enrichirez du même coup ce pauvre type qui n'est pas foutu d'avoir un modèle économique viable. En même temps, il n'en aura aucunement besoin tant que sa docile armée d'amateurs en herbe sera aveuglée par l'éclat de l'édition. Car finalement, pourquoi aller rémunérer untel alors que de nombreux écrivains le feront gratuitement en échange d'une publication ? 
Comme l'explique Olivier Lusetti dans "Comment mieux écrire, raconter une histoire et réussir sa Fantasy": "Tout travail mérite salaire ! Ne cédez pas aux sirènes de cette pseudo édition où l'écrivain n'est pas intéressé au résultat des ventes. Trop de fondateurs de revues ou de micro maisons d'édition se servent du talent des autres comme d'un marchepied individuel. […] Autant présenter ses œuvres sur son blogue, ou un forum, ou s'autoéditer numériquement.
 
3°) pour se motiver 
Si rédiger des histoires courtes permet d'apprendre à en créer de longues, n'espérez pas vous construire une carrière ainsi. Les recueils individuels de nouvelles ne sont pas édités si vous êtes un parfait inconnu. Pensez plutôt à écrire un bon roman, il sera toujours temps ensuite de revenir à des nouvelles, avec des publications intéressantes à la clef. 
Toutefois, certains d'entre vous ne se sentent pas capable de s'attaquer à un roman. Tout d'abord, ne perdez pas de vue que la forme romanesque n'est pas systématiquement synonyme de "pavé de 1.200 pages". Même si les éditeurs exigent un minimum de caractères (espaces compris), 350.000 est une bonne moyenne. Pour parvenir à franchir cette ligne, une nouvelle peut constituer une première pierre. Puisque vous savez qu'une histoire courte n'est qu'une histoire longue épurée parce qu'elle se concentre sur quelques personnages et une action limitée, vous avez dès lors avec votre nouvelle les clefs de votre futur roman. Rien ne vous empêche non plus de rassembler les éléments de vos différentes productions abandonnées au fin fond d'un disque dur en une œuvre plus consistante. 
 
4°) pour prouver que vous êtes le meilleur 
Bien qu'une victoire épatera toujours mémé, gagner un concours atteste simplement que vous avez su plaire à un moment donné à un jury… dans la mesure où le résultat n'est pas biaisé (du genre : "celui qui a gagné est le premier de la pile parce que le jury a la flegme de tout lire" ou "l'un des membres impose sa vision à tous les autres" ou "l'auteur connaît personnellement les jurés"). Cela ne prouve aucunement que vous êtes le meilleur d'entre les meilleurs, le funambule des belles lettres, le guerrier indomptable des librairies. Vous n'aurez même pas prouvé que vous êtes capable d'écrire un bon roman, mais vous aurez toutefois montré un minimum de persévérance et de savoir-faire pour venir à bout de cette épreuve. 
 
5°) pour se construire un statut 
Celui qui n'est jamais publié n'est pas vraiment un écrivain. D'où la difficulté d'éditer un premier roman. Dans ces conditions, tant pis si l'on n'accède pas à la notoriété ou si l'on ne touche aucun droit d'auteur, il s'agit avant tout de gravir une marche supplémentaire, même modeste. Vous ne serez pas connu avec une nouvelle paraissant dans une revue anecdotique mais cela vous aidera à vous faire connaître et, au-delà, à acquérir un statut d'auteur, une légitimité à écrire. Ne cherchez cependant pas à communiquer abusivement autour de cette parution inespérée car vous allez devenir ridicule. Cette modeste publication n'est pas une finalité mais un atout à mettre en avant, qui vous distingue du tout-venant. Ne vous vautrez pas non plus dans le "gratuit" et progressez rapidement vers le stade "rémunération". 
 
6°) pour émerger de la masse 
Prenez-en conscience dès maintenant : vous n'êtes pas seul(e) à (vouloir) écrire. Vous êtes même très nombreux, une immense horde d'apprentis auteurs dont la plupart ne rêvent que de gloire et de fortune malgré leur incapacité à coucher quelque chose de correct et/ou d'intéressant. La situation a d'ailleurs empiré avec les facilités offertes par l'autoédition (laquelle n'implique aucun risque, aucun coût, aucun contrôle). En fait, le meilleur de l'édition classique côtoie le pire de l'autoédition sans que lecteur parvienne vraiment à faire le tri pour finalement se méfier de tout. Par conséquent, être choisi par une revue, même anecdotique, même gratuitement, vous distingue de la masse et cette publication, même modeste, vous octroie une part de cette légitimité à écrire que les autres n'ont pas forcément. Pour vous distinguer plus encore du quidam et monter sur le piédestal que tout le monde espère atteindre, l'idéal serait de gagner des concours, et parmi les plus prestigieux, mais c'est une autre histoire.

Publié par Alexandre BORDZAKIAN le 2 septembre 2016
[< Retour] [Retour ^]