Pourquoi écrire ? 
 
Pour se faire mousser devant sa famille / ses collègues / ses amis 
Alors l'édition numérique est faite pour vous. Puisqu'un éditeur n'engage pas beaucoup de finances sur internet et ne risque pas de perdre sa chemise par votre faute, vous en trouverez sans problème un qui ne sera pas aussi exigeant que les grandes maisons. De toute façon, le but n'est pas d'être lu mais d'être publié. Donc qu'importe le vecteur ou le tirage du moment où vous pouvez annoncer à votre famille / vos collègues / vos amis que vous êtes enfin un écrivain à part entière. 
 
Pour résoudre un conflit intérieur 
Dans ce cas, nul besoin de chercher un éditeur, cela ne fera qu'ajouter à votre dépression. N'ennuyez pas non plus les autres avec votre prose, imprimez votre récit et courrez chez votre psychologue qui se fera un plaisir de s'en servir comme support pour vous aider. Et si pour vous, l'écriture est en soi une thérapie, vous économisez l'encre de l'impression et un rendez-vous chez un spécialiste. 
 
Pour rendre hommage à votre dernier coup de cœur cinématographique 
Vous avez frémi en regardant les batailles du dernier "Seigneur des Anneaux" et vous estimez que le lecteur se régalera tout autant avec votre prose guerrière. Sans aller jusqu'à vous accuser de céder à la facilité ni vous soupçonner de vous adonner au plagiat, mais également sans prétendre une seconde que vous n'avez finalement rien à dire de personnel ou d'intéressant, je ne peux que vous mettre en garde contre un tel exercice. Si vous vous lancez dans l'aventure la fleur au fusil, vous courrez vers un cuisant échec puisque votre perception du film et plus encore votre façon de le rendre à l'écrit seront en décalage par rapport à l'effet recherché. Si vous abordez la question avec un vrai travail d'analyse, avec le sentiment que la tâche sera rude, vous vous détournerez en définitive de l'œuvre originelle, qu'elle soit cinématographique ou littéraire, pour imprimer votre propre marque. 
 
Pour faire passer un message 
Tout dépend du message. Si vous vous fourvoyez dans un énième cliché du genre "les riches sont des ordures et les pauvres des saints", vous n'obtiendrez l'attention de personne, à part les quelques-uns qui ont besoin de conforter leurs propres convictions. 
Si le message s'avère plus fin et plus viscéral, vous méritez alors d'être édité par un vrai éditeur et avec un tirage sérieux. Et encore, rien ne dit que vous serez audible. Le chaland doit acheter votre roman, le lire, et en plus, le comprendre, ce qui n'est pas gagné. 
 
Pour la postérité 
Accrochez-vous car la finalité de votre écriture tient de l'hypothétique. Peut-être devrais-je même oser ce dicton : "plus on la cherche et moins on la trouve". 
 
Pour tuer le temps 
C'est ce que tous les auteurs humbles ou faussement modestes affirment. Ils passent le temps, comme ça, pour le plaisir, et oh ! surprise, ils sont édités, mais ils n'en demandaient pas tant. 
Ce genre de personnalité a l'art d'énerver ceux qui, malgré leurs sacrifices, ne parviennent pas à décrocher de contrat. 
 
Pour convaincre vos parents qu'ils se sont trompés de "chouchou" 
Pour une raison qui dépasse l'entendement, le préféré à papa et maman, ce n'est pas vous mais votre grand / petit (barrer la mention inexacte) frère / sœur (idem). 
Vous vous heurtez de la part de vos parents à un aveuglement doublé d'une mauvaise foi que votre persévérance n'arrivera jamais à briser, ni de marcher sur Mars, ni de devenir avant-centre au PSG, encore moins d'écrire un roman. 
Cependant, si vous voulez tenter l'expérience, je vous déconseille de vous tourner vers l'autoédition et l'édition à compte d'auteur puisque l'un et l'autre seront systématiquement dénigrés. Seul le compte d'éditeur trouvera grâce à leurs yeux, s'ils daignent s'intéresser à votre ouvrage. Qu'importe le nombre de ventes ou l'éditeur, votre exploit ne servira qu'à les grandir en public mais vous serez toujours le second dans leur cœur, voire le pestiféré pour les plus malchanceux, ou chanceux dans le cas où vous vous appuyez sur cette blessure narcissique pour avancer. Mais surtout, n'espérez pas détrôner le "chouchou" de service. 
 
Pour remplir son CV 
Parce que vous avez quitté l'école à 12 ans afin de travailler dans une mine de charbon, votre CV fait triste mine et vous vous êtes mis en tête de l'égayer avec une publication. Ne vous foulez pas trop car n'importe quel éditeur fera l'affaire. En revanche, jouez à fond la carte de l'écrivain à l'entretien d'embauche. Comme vous ne dominez pas votre sujet (littéraire) et que vos écrits ne valent pas davantage que le papier sur lequel ils sont imprimés, prenez rapidement l'ascendant sur votre interlocuteur. En définitive, choisissez votre salaire et vos horaires de travail devant ce nouvel admirateur ébahi. 
 
Conclusion 
Chaque auteur a connu un jour ou l'autre une impulsion qui l'a guidé vers l'écriture plutôt que vers la bande dessinée ou le cinéma. Ceux qui écrivent juste pour "faire pareil que Tolkien" et en retirer une gloire qui ne dépassera pas le stade de l'illusion n'iront pas bien loin, du moins pas plus loin que la première désillusion. En revanche, un conflit interne du type psycho-névrotique vous fournira le carburant pour tenir sur du long terme et achever un projet. 
Mais trop d'écrivains qui n'en sont pas encombrent les comité de lecture, et ce n'est pas prêt de s'arranger. 
Pourquoi écrire ? Quelle est la meilleure des raisons ? Sans doute pour un peu de toutes celles évoquées dans cet article. Un auteur a besoin d'inspiration, de temps, de technique, de motivation, mais il se nourrit également d' orgueil, de frustrations, d'arrogance. Il n'écrit pas pour échouer, même s'il s'est mis en tête de remonter un fleuve, et parfois une cascade, à contre-courant. 
Cela dit, on ne naît pas écrivain et les voix divines ne vous imposent pas votre destin. Ce choix vous appartient, consciemment ou pas. Si vous venez à l'écriture juste pour épater vos copains, vous serez sans doute édité mais vous passerez vite à autre chose. Si vous persévérez au contraire en vous remettant à l'ouvrage, c'est sûrement parce que vous avez trouvé une bonne raison d'écrire.

Publié par Alexandre BORDZAKIAN le 2 septembre 2016
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