Éviter les répétitions 
 
Qui n'a pas pesté face à une répétition revêche, à l'obligation de substituer un mot à un autre ? Bien écrire implique de les éviter. Pourtant, une porte est une porte et il vous semblera difficile de la nommer différemment. L'habitude fera que l'auteur possédera dans sa boîte à outils les ressources capables de corriger rapidement et efficacement ce genre de redite. La porte deviendra l'huis ou plus généralement, le battant. À moins que le personnage n'entre, tout simplement, sans chaque fois ouvrir une porte. 
 
Néanmoins, certaines expressions ou façons de s'exprimer ne s'accommodent guère de ces substitutions. Et vous estimerez bizarre de rencontrer un mot qui d'ordinaire n'a pas sa place dans la conduite du style même si son emploi est correct. La fenêtre ne se remplace pas si aisément par "une baie vitrée amovible" car l'on s'enlise alors dans une définition laborieuse. 
 
Seconde frustration : la désignation des personnages par leur fonction. Mieux vaut leur attribuer un nom plutôt que de jongler entre les appellations. Le serviteur sera affublé des habits du domestique, même si cela n'est pas totalement équivalent, voire du larbin, puis du petit gros ou du grand maigre, et du… Arrêtons-nous là, et creusons-nous plutôt les méninges pour lui dénicher un patronyme. 
 
La répétition, si elle n'est pas toujours évidente à supprimer, surtout dans un texte bien ficelé, n'est pas forcément à considérer comme une exigence supplémentaire et superflue. Tout d'abord, sa correction enrichit le style. Sinon, le vocabulaire de l'auteur tournerait autour des mêmes mots et sa vision ne s'écarterait pas de son approche habituelle. En outre, ce travail permet de remplacer les verbes faibles (faire, être, avoir) par des verbes plus forts, plus précis, ou plus imagés. 
 
D'autre part, une répétition trahit généralement une idée redondante. Lorsque vous ne parvenez pas à venir à bout d'un cas revêche, cherchez plutôt le problème dans le fond. La forme s'adaptera en conséquence. En principe, de telles difficultés se règlent par la suppression du passage en question. Nul besoin en effet de réaffirmer ce qui a été écrit juste avant avec des mots différents. 
 
Les répétitions proches se repèrent assez facilement, et très aisément dès lors que vous utilisez un logiciel de correction. Ce genre d'outil traquera sans faillir le moindre doublon. Cependant, certaines redites sont malheureusement éloignées les unes des autres et dans ce cas, cette aide technique ne vous sera d'aucun recours. Je pense notamment aux descriptions. Tracer le tableau d'un énième bâtiment est susceptible de vous amener à utiliser la même tournure, voire les mêmes termes, que le précédent. Seule une lecture globale, et évidemment attentive, vous permettra de corriger ces impers. Ils sont plus difficiles à déceler dans un long roman dans la mesure où vous entrecoupez celle-ci. Toutefois, et comme je vous l'expliquais plus avant, ce sera pour vous l'occasion d'améliorer, d'enrichir ces descriptions, de vous creuser la tête comme jamais pour en ressortir quelque chose d'original, voire de meilleur.
 
La répétition est néanmoins tolérée dans deux configurations : 
- la figure de style : comme vous le devinez, elle consiste à reprendre à l'identique un même terme, ou deux mots à la racine similaire, ou une cadence, pour créer un effet particulier. De nombreuses variations sont envisageables, allant de l'allitération à l'hyperbole. Seulement, au contraire de la répétition fautive, celle-ci est voulue et recherchée, et découle d'un travail intellectuel. Cependant, et comme pour n'importe quelle figure de style, gardez-vous d'en abuser car vous alourdirez votre texte. 
- le dialogue : dans la vraie vie, les échanges verbaux multiplient naturellement les répétitions. L'auteur sera donc tenté de s'en inspirer pour donner l'illusion du réel. La manœuvre n'est pas totalement prohibée à condition que les discussions ne tournent pas à une confrontation d'échos et ne restent pas stériles. En revanche, soyez attentif au style de chaque personnage, que l'un ne parle pas exactement comme l'autre, à l'occasion d'une tournure ou de l'emploi d'un vocabulaire spécifique. Surtout, même si la répétition est tolérée par les circonstances ou par votre éditeur, n'en abusez pas pour autant. 
  
Publié par Alexandre BORDZAKIAN le 24 octobre 2017
Mise à jour le 13 novembre 2017
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