Le zombie



Le zombie trouve son origine dans la religion vaudou. Le vaudou est sorti de l'Afrique pour se répandre en Amérique et dans les îles Caraïbes, notamment Haïti, par le biais de la traite négrière. Le mot "zonbi" signifie en créole "esprit" ou "revenant" et désigne à la fois les dieux esprits de tribus africaines que la victime d'un sortilège vaudou qui serait revenue à la vie ou dont la conscience aurait été réduite à néant pour être asservie. 
Ces caractéristiques revenant / esclave, auxquelles s'ajoutera l'appétit insatiable de chair humaine, distinguent le zombie du vampire, ce dernier étant doué d'une capacité intellectuelle et uniquement friand de sang. Toutefois, le zombie moderne s'inscrit directement dans l'héritage vaudou. Le cadre religieux implique de la magie et un lanceur, le prêtre. Par conséquent, la zombification dépend d'un seul personnage puissant et maléfique, comme c'est le cas dans la fantasy où un sorcier est à la source du processus. 
 
Avec la modernité, le zombie sort du cadre religieux et devient un phénomène scientifique. Dans la sphère fantastique, les sorciers et leur magie disparaissent au profit du virus. Il gagne aussi en vélocité selon les versions. Une série comme "Death Valley" distingue les vieux zombies qui sont lents aux récents contaminés bien plus rapides. En général, le zombie compense sa lenteur et sa bêtise par son nombre (sauf dans le film "World War Z" où il cumule les deux). Il est également capable de transmettre la maladie, créant ainsi de nouveaux morts-vivants parmi les survivants, d'où des choix tragiques (tuer la personne à défaut de pouvoir la soigner). Dans "The Walking Dead", n'importe quel trépas naturel conduit à la zombification, ce qui réserve son lot de situations riches en suspense. Dans "Deadpool – La nuit des morts-vivants", les zombies ont conservé une parcelle de conscience qui leur permet d'exprimer verbalement leurs ressentis ou des réminiscences de leur passé de personne saine, ce qui a l'art de tromper les vivants quant à la nature de cet interlocuteur surprenant. À noter également que le squelette des zombies peut se ramollir et leur crâne se percer bien plus facilement (dans la série "The Walking Dead"). 
 
La figure du zombie a évolué. Ainsi, la série de jeux vidéo Resident Evil passe d'une transmission virale à une contamination parasitaire. Les ennemis s'avèrent plus intelligents puisqu'ils ne sont plus vraiment des morts-vivants. Cette approche autorise aussi tout un tas de variations sur le thème de la mutation, ce qui justifie dès le premier épisode la présence des inévitables "hunters", des sortes d'hommes-lézards rapides et furtifs. Dans les Resident Evil, le processus de zombification n'est qu'un effet secondaire et involontaire découlant de l'élaboration de super-soldats. Nous sommes aux antipodes d'un jeu comme "Dead Rising" dont le virus zombificateur n'a pas de finalité militaire. 
La série de films espagnols "Rec" apporte une variation intéressante. Elle renoue avec l'aspect religieux du zombie puisque qu'un démon est à la source de la contamination. Et chaque zombie, s'il n'est pas directement sous le joug du démon, s'applique à transmettre la malédiction comme il répandrait une maladie. 
Dans le film norvégien "Dead Snow", les zombies sont des nazis qu'une malédiction ramène à la vie. Dans sa suite "Dead Snow 2", les morts-vivants sont ressuscités grâce au bras magique du colonel SS. Si le ton de ces longs métrages est principalement à la dérision, le processus relève exclusivement du domaine du fantastique et s'apparente ainsi aux origines du mythe. 
Enfin, le zombie apparaît généralement comme le moyen de confronter l'homme à sa propre nature primitive. Nombreux sont les exemples où le quidam deviendra plus dangereux et effroyable que le mort-vivant : "38 jours plus tard", "The Walking Dead", "Dead Rising" et ses "boss" psychopathes, etc… Le zombie est alors un élément secondaire qui agit en révélateur à l'instar de n'importe quelle menace mortelle lambda. Au lieu de s'entraider, les survivants en viennent souvent à s'entretuer. 
 
De son côté, la fantasy préfère les termes de "mort-vivant" ou "goule" à celui de zombie, trop connoté "fantastique" et donc "monde réel". Bien entendu, le virus scientifique est exclu et la contamination est davantage affaire de malédiction que de maladie. Le processus de zombification découle généralement d'un unique individu qui sera légitimement un puissant nécromancien. Comme les cadavres à réanimer ne manquent pas, l'armée ainsi levée sera nombreuse, capable de manier des armes, et surtout soumise à la volonté de son maître. Ce dernier aspect implique une certaine coordination et un minimum d'intelligence. Un film comme "Au nom du Roi" par exemple, où des créatures primitives sont dirigées par un sorcier grâce à un sortilège, fait l'impasse sur la résurrection pour ne conserver que l'envoûtement. Or la figure du zombie, dans sa dimension moderne, ne peut s'exonérer d'un sentiment d'effroi inhérent au retour à la vie et à la multitude. La fantasy est alors étroitement liée au fantastique. Si, en fantasy, la présence de monstres n'a rien d'extraordinaire (le contexte étant par lui-même extraordinaire), la mort reste un élément immuable. Un personnage qui meurt dans un roman de fantasy n'est pas censé revivre deux pages plus loin par sa seule volonté. S'il y parvient, il brise une règle fondamentale. En cela, le zombie bouleverse l'ordre établi de la nature. Chacune de ses victimes vient grossir le rang de son armée dans une sorte d'infini qui tend vers l'annihilation de tout. La figure vampirique sera au contraire basée sur un noyau dur de personnages surpuissants à la personnalité propre, doués d'une conscience et donc d'une logique de préservation, même si celle-ci parfois vole en éclat pour, à l'instar des zombies, mieux terrifier les vivants. 

Publié par Alexandre BORDZAKIAN le 2 novembre 2016
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